"France Business School", l'avis des étudiants de l'ESCEM
EducPros annonçait cette semaine un projet de fusion de six écoles de commerce qui va donner la "France Business School". Ce regroupement impliquerait en principe l'ESCEM (Tours-Poitiers), l'ESC Pau, l'ESC Brest, l'ESC Amiens, l'ESC Troyes et l'ESC Clermont. Depuis cette annonce ça fuse sur le net, j'ai compté pas moins d'une petite dizaine d'articles en moins de 3 jours. Les étudiants de l'ESCEM ont réagit très rapidement sur les réseaux sociaux pour protester contre cette fusion avec des écoles moins bien classées. Une pétition "Contre la fusion aves des écoles de troisième rang" est en ligne quelques heures après la première annonce. Les étudiants ont retiré la pétition dans la soirée suite à des échanges avec le directeur.

Les étudiants de l'ESCEM sont ceux qui ont eu les réactions les plus virulentes, cependant les étudiants des autres écoles concernées demandent aussi des explications et les directeurs ont fait plusieurs annonces. Le directeur de l'ESC Troyes parle "d'annonce totalement prématurée et en décalage par rapport aux réflexions de ce projet vu son stade d'avancement.".
Dans une démarche similaire le directeur de l'ESC Pau a envoyé un mail adressé à ses étudiants : "il est beaucoup trop tôt pour dire si cette piste-là ira jusqu’au bout, et surtout pour en annoncer aujourd’hui le périmètre." et commente l'interview de Franck Bournois (Président de la Commission d’Evaluation des Formations De Gestion) de façon très positive : "Parmi toutes ces réactions, (...) le Professeur Franck Bournois, qui donne une interview sur le site EDUCPROS (consultable en libre service) sous le titre « Le projet FBS est une excellente idée ». A ce niveau de responsabilité, on ne s’exprime jamais à la légère !"
Suite à toutes ces publications, rumeurs et mots sur les forums, nous avons souhaité avoir l'avis de deux étudiants de l'ESCEM. Le premier témoignage est de Nassim, vice président du BDE, et le second de Anaïs.
Voilà les réponses à nos questions de Nassim, étudiant à l'ESCEM et vice président du BDE :
Quel est ton avis au sujet de cette fusion ? Pourquoi ?

Nassim : Je ne suis pas très emballé. D’abord, une fusion, c’est toujours lourd. Pour France Business School, on parle d’une fusion à 6, 7 ou 8 écoles. Je pense donc qu’il y a risque de perte d’identité. Je suis, comme de nombreux étudiants, très attaché à mon école et savoir qu’elle ne va plus exister dans le futur ne m’enchante vraiment pas. J’ajouterais qu’il y a un risque que cela se passe mal, parce qu’une fusion c’est toujours compliqué. Le fait qu’on ne sache pas exactement quelles écoles sont concernées ajoute au trouble suscité par cette révélation.
Certes, j’ai conscience de la nécessité de grossir pour rester sur le « marché » des grandes écoles, très concurrencé. Mais est-ce la seule solution ? Est-ce la meilleure solution ? Nous n’avons quasiment aucun contact avec les écoles citées. Ce mariage me paraît très arrangé et je ne vois pas, ou pas encore, sur quelles bases communes il va pouvoir se faire.
Dans ce cas pourquoi avoir retiré la pétition en ligne ?
Nassim : La pétition en ligne a été retiré car elle n’apportait rien au débat. Il s’agissait juste de dire que l’on était contre, sans apporter de solutions, sans écouter les arguments des uns et des autres. La direction de l’école n’avait pas eu le temps de nous informer des tenants et des aboutissants et après coup, nous avons trouvé que cette pétition était prématurée. Je pense qu’il s’agit du genre d’initiative qu’on doit utiliser en dernier recours, si on se sent lésé ou si on a l’impression de ne pas avoir été écouté. Cette pétition avait été mise en ligne tout de suite après la fuite. C’était un acte fait « à chaud », sous le coup de la colère. Ce n’était pas réfléchi.Nous allons essayer de dialoguer, de comprendre tous les enjeux avant de décider quoi que ce soit.
Au-delà de l’idée en elle-même, le gros problème de cette pétition, c’était son titre. Sur certains forums, j’ai souvent eu l’occasion de lire des choses très désagréables et injustes sur les étudiants de l’Escem où sur l’école. Lorsque ça s’accumule, ça devient blessant. J’imagine aussi très bien ce qu’ont pu ressentir les étudiants des autres écoles en découvrant la pétition. Ils ont probablement été blessés également. Donc voilà, ce n’était très malin. Ça met très mal à l’aise tout le monde en fait.
Comment les étudiants prennent le fait d'avoir appris la nouvelle par un article ?
Nassim : Très mal. Le fait d’avoir appris la nouvelle par un article de presse a vraiment été pris comme un mauvais coup. Nous n’avions pas été informés de ce projet. Je crois que dans ces circonstances, il est naturel de ne pas bien le prendre. Nous pouvons comprendre que la direction attende d’avoir assez d’informations pour communiquer avec nous, mais il aurait été quand même beaucoup plus judicieux de nous informer qu’un projet était à l’étude. J’ai entendu des étudiants dire qu’ils se sentaient trahis et je partage l’idée. Certains ont d’ailleurs utilisé des termes beaucoup moins polis. Alors bien sûr c’était une fuite, ce n’était pas supposé sortir si tôt mais ce n’est vraiment pas le meilleur moyen pour commencer à discuter sereinement.
Comment comptez-vous faire pour que l'école prenne en compte votre avis ?
Nassim : Les délégués, les responsables de tous les bureaux (BDE, BDS, BDA) ainsi que ceux des différentes associations ont demandé à rencontrer le directeur des programmes. C’est une demande qui a été acceptée et la réunion doit avoir lieu lundi à Tours. Sur Poitiers je sais qu’un amphi a déjà eu lieu. Au départ il devait avoir lieu pour un autre sujet mais il n’a été question que de la fusion. Les discussions ont aussi lieu avec les membres de la direction dans les couloirs. C’est un peu l’effervescence. Nous avons un réel besoin d'information et d'écoute.
Nous allons également nous réunir entre responsables de ces mêmes bureaux pour suivre l’évolution du projet, et faire partager l’avis des étudiants. Dans l’école, il y a régulièrement des rencontres avec la direction pour parler de la vie de l’école, des réunions avec les délégués de classes, des conseils des associations, un junior advisory board, des rencontres plus informelles selon l’actualité de l’école. Donc voilà, les bureaux des responsables sont ouverts. Je crois que tout le monde est très ennuyé par la façon dont l’annonce a été faite. C’est déjà un point positif.
Les réponses à nos questions de Anaïs étudiante à l'ESCEM :
Quelle a était la première réaction des étudiants lors de l'annonce de cette fusion ?
Anaïs : La première réaction des étudiants a été l’incompréhension. Nous avons été surpris. Tout le monde s’est demandé comment l’information sur un projet d’une telle envergure avait pu rester aussi confidentielle. Ceci dit, la fusion n’est pas effective et les accords ne sont pas mis en place. C’est certainement difficile de communiquer clairement sur un tel projet alors que celui-ci n’est pas finalisé.
Ta position est favorable à cette fusion, d'après toi quels sont les intérêts majeurs de cette fusion ?
Anaïs : Aujourd’hui, l’école a atteint une taille critique : c’est difficile d’imaginer qu’on puisse continuer à se développer seuls. Il est plus que nécessaire de faire le choix de la fusion pour survivre. Le problème se pose quasiment pour toutes les écoles et j’espère que l’ESCEM ne sera pas la dernière à faire le grand pas. J’ai entendu dire qu’il y a une dizaine d’années, l’idée d’une fusion entre l’ESC Tours et l’ESC Poitiers avait fait peur à beaucoup d’étudiants. Avec le recul c’était une très bonne idée. L’ESCEM a un projet ambitieux qui bénéficie de nombreux atouts.
C’est une école incontournable avec un budget conséquent, des ressources, de bons professeurs. J’ai la chance de pouvoir travailler dans de bonnes conditions. Maintenant, je ne vais pas entrer dans les détails mais je crois que nous sommes trop petits pour pouvoir continuer à développer de nouveaux projets. Les écoles doivent faire tout un tas de choses qu’elles ne faisaient pas auparavant comme de la recherche. Elles ouvrent des campus à l’étranger. Tout ceci nécessite une certaine taille et un certain budget.
Des étudiants ont lancé une pétition en ligne, qui a été ensuite retirée, dans laquelle on pouvait lire "Contre la fusion de l'ESCEM avec des écoles de troisième rang", quel est ton avis, sur la pétition d'une part, mais également sur ce dénigrement des autres écoles ?

Anaïs : Cette pétition en ligne était une aberration. Les problèmes et les mécontentements doivent être réglés en interne. L’image d’une école, c’est quelque chose de très fragile et il est important de ne pas la dégrader. Les étudiants qui ont créé la pétition se sont vite rendus compte que c’était une erreur. Le retrait était la meilleure décision à prendre et c’était plutôt responsable de leur part. Sur le dénigrement, vous avez raison. C’est très embêtant d’autant que l’humilité fait partie des valeurs que nous essayons de cultiver à l’ESCEM.
Chaque école a sa valeur et ses atouts qu’il ne faut pas dénigrer. Les classements des écoles de commerce exigent toujours d’atteindre certains critères mais il faut arrêter de penser uniquement aux classements. J’ai des amis dans beaucoup d’écoles et tout ne se résume pas au nombre d’étoiles ou à la taille du réseau des anciens. On oublie qu’il y a des gens formidables partout. Quand on entre sur le marché du travail, je ne suis pas certaine que la première question que se pose un DRH soit l’intitulé du diplôme.
La personnalité d’un candidat, ses motivations, ses compétences et ses expériences sont, je pense, les éléments clés. Enfin, cette histoire va être de nature à compliquer les choses quand nous ferons partie de la même école, quel que soient les écoles retenues.
Aujourd'hui dans les couloirs c'est plutôt pour ou contre ?
Anaïs : Dans les couloirs c’est un peu wait and see… Les étudiants attendent une discussion franche avec la direction de l’école afin d’obtenir des réponses claires et précises concernant leurs appréhensions. Il y a des questions très concrètes sur l’impact que la fusion pourrait avoir sur les fameux classements, sur le diplôme pour les étudiants qui sont déjà dans l’école, ce genre de choses.
Les étudiants ont aussi envie d’être associés au projet. Concernant le nom, on ne sait pas trop si ce sera le nom définitif de l’école ou pas. Et puis au-delà du principe de la fusion et des écoles concernées, on ne voit pas encore quelles pourraient être les grandes lignes d’une stratégie commune. Donc il va falloir discuter de tout ça.
On voit donc que les avis des étudiants au sein même de l'ESCEM sont partagés. Il est vrai que la gestion d'une fusion est toujours très délicate. On avait vu les réactions des étudiants lors de la fusion de l'ESC Lille et du Ceram pour donner SKEMA. Là il s'agit d'une fusion à encore plus grosse échelle, il va certainement y avoir encore plus de vagues.
Affaire à suivre.

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