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Reconnaissons-le d’emblée : la question de notre propre avenir à dix ans est particulièrement complexe, quels que soient l’âge et l’expérience professionnelle de celui qui se livre à cet exercice prospectif. C’est d’autant plus vrai pour un étudiant de vingt ans puisque – c’est arithmétique ! – l’échéance correspond à la moitié de sa propre vie. C’est en dix ans que l’on devient différent… Il suffit à chacun des candidats de regarder dix ans en arrière (en moyenne, depuis son entrée en 6e) pour apprécier la portée des changements qui peuvent intervenir dans un tel intervalle de temps. Autre difficulté, les dix prochaines années seront aussi les premières de votre vie professionnelle. Or, cet univers (ses contours, ses pratiques, ses enjeux...) est encore largement inexploré, alors même que votre orientation vers les métiers du commerce et de la gestion |
| a souvent été décidée au sortir du baccalauréat, au moment de votre inscription en classe préparatoire. Comment faire part à la fois de ses incertitudes, de ses rêves, de ses craintes et de ses envies au moment de répondre à cette question d’apparence simple : comment est-ce que je me vois dans dix ans ? | |
La projection dans le domaine professionnel
Devant l’ampleur de la tâche, beaucoup de candidats ont la tentation d’éluder la question et d’adopter des registres de réponse très classiques le jour de l’entretien. Donnons quelques exemples.
Le registre « passif » : je ne sais pas encore très bien quel sera mon avenir mais j’attends de l’école qu’elle m’offre (sic) une formation diversifiée me permettant à terme de choisir un métier.
Le registre « votif » : j’espère que j’aurai une vie équilibrée autant sur le plan familial que sur le plan professionnel.
« Carriériste » : je pense que je serai chef de produit confirmé dans le secteur automobile pour un grand groupe international sur le segment M2 ou H1.
« Généraliste » : je pense m’orienter vers le marketing car cela permet de suivre l’évolution du produit depuis sa conception jusqu’à sa mise sur le marché.
« Futuriste » : je serai quack-designer sur Zorglub, spécialisé en marketing olfactif.
Les deux premières réponses sont générales et interchangeables : elles renseignent peu sur la personnalité du candidat, ses projets, ses goûts. Les deux catégories suivantes sont faussement précises et contiennent la plupart du temps des projets « prétextes » : documentés pour la circonstance, les propos fraîchement vernis ou maladroitement déclamés autour d’une « passion » pour un métier ou un secteur d’activités emportent rarement la conviction des jurys (qui y voient surtout un manque d’ouverture d’esprit ou de réalisme notamment lorsque le candidat ne peut pas sortir des trois arguments qu’il a appris et préparés.
Deux issues se dessinent après avoir formulé une telle réponse : ou bien votre projet est ficelé, documenté, chiffré et le jury se (vous) demandera en qui votre parcours en école est nécessaire pour mener à bien un projet aussi précis (« je veux créer une entreprise dans le domaine des radiateurs électriques »,), ou bien il est trop vague et correspond à un prétexte, ce qui sera visible rapidement(« je veux travailler dans l’hôtellerie car j’aime voyager »( ?), « je m’intéresse à la publicité… mais je ne suis pas capable de citer une agence ou une campagne précise ».
Dernier registre évoqué : la réponse futuriste renseignera certainement le jury sur votre créativité ou votre sens de l’humour, mais ne vous dispensera pas de répondre à la question par ailleurs… Certains candidats pensent trouver la parade en amplifiant exagérément leur intérêt pour une activité extrascolaire plus ou moins récente : le groupe de rock entre copains, la pratique d’un sport dans un club, le voyage humanitaire de l’an dernier, le stage de trois semaines en Allemagne ou le projet de voyage en Chine deviennent l’alpha et l’oméga de l’orientation personnelle et professionnelle.
Dans dix ans, je « serai » dans le domaine musical, humanitaire, culturel, artistique, sportif (rayer la mention inutile) car c’est une activité passionnante dans laquelle je suis déjà très investi. On conçoit les bénéfices attendus d’une telle présentation : elle replace le dialogue sur un territoire stable et connu (celui d’un expérience vécue, d’une pratique effective), elle suggère un lien fonctionnel et cohérent entre les études choisies et le marché de l’emploi à venir, elle permet de valoriser quelques qualités personnelles – sociabilité, curiosité, générosité, ouverture d’esprit.
Attention, toutefois, à l’effet boomerang d’une telle argumentation si votre projet n’est qu’un alibi, un « emballage pratique » pour se débarrasser de la question. Avez-vous vraiment réfléchi aux carrières accessibles à la sortie des écoles dans ces secteurs d’activité ? Connaissez-vous des personnes qui exercent le métier que vous venez de décrire ? Les avez-vous rencontrées ? A quel organisme/entreprise/institution enverriez-vous spontanément votre C.V. pour un premier stage dans ce domaine ? Quelles compétences avez-vous besoin de développer pour accéder à ce type de profession ? En qui votre parcours dans une école de commerce est-il utile/nécessaire/décisif pour déployer ce projet ?
La passerelle entre vos goûts actuels et vos projets professionnels futurs peut bien sûr exister, à condition qu’elle ne forme pas l’unique ciment de votre motivation affichée. Elle est au mieux une métaphore commode pour faire comprendre ce qui vous intéresse, ce que vous imaginez être un scénario idéal, mais en aucun cas LE projet professionnel qui façonne vos décisions et votre cheminement. D’ailleurs, il est peu probable que vous ayez travaillé, révisé, passé le concours avec pour objectif d’occuper dans 10 ans un poste très défini dans un secteur d’activité immuable. Et il est à peu près certain que vous ferez autre chose dans cinq ans, dix ans, tout simplement parce que vous allez élargir la gamme de vos goûts, de vos compétences, de vos expériences, de vos centres d’intérêts, et que d’autres opportunités se présenteront à vous.
Se projeter : décider de ce qui peut et doit changer
L’inventaire des écueils que nous venons d’identifier tient à une difficulté principale pour le candidat préparationnaire : se situer dans un monde professionnel qu’il n’a pas encore eu l’occasion de côtoyer durablement, si l’on omet quelques stages (ou dans de très rares cas, dans le cadre de projets de reprise de l’entreprise familiale). Nous reviendrons sur la nécessité de remédier à cette lacune en recueillant des témoignages et en analysant ses propres expériences. Il faut toutefois indiquer que la question prospective que nous étudions porte sur d’autres dimensions de votre parcours potentiel : a priori, souhaitez-vous vivre en France, à l’étranger, dans une capitale, dans une ville de province, travailler pour un grand groupe, une PME, avoir des enfants, un conjoint qui travaille ? Pour chacune de ces questions, quelle est votre réponse spontanée ? Après réflexion ? Pourquoi ? Quelle place occupe, dans votre esprit, le temps qu’il faut consacrer à soi, aux autres, au travail, au repos, à la vie sociale, culturelle, spirituelle ? Quels sont les traits de votre caractère que vous souhaiteriez adoucir, renforcer, mettre à l’épreuve, développer ?
Les écoles ne recrutent pas un « produit fini » ou « C.V. » mais scrutent votre capacité à être « aux commandes » de votre parcours, votre envie d’apprendre. C’est pourquoi la question de votre avenir à dix ans rencontre d’autres lignes de préoccupation que la seule projection professionnelle. Pour mener cette réflexion, commencez par vous demander ce que vous souhaitez développer chez vous dans les trois ou quatre ans qui viennent, pendant votre scolarité. Vous pouvez faire les quelques exercices créatifs ci-dessous afin de travailler cette dimension personnelle :
Les quelques pistes que nous venons d’évoquer impliquent la nécessité de sortir des schémas classiques (qui supposent l’existence d’une « bonne réponse » ou d’un « bon profil ») pour vous aider à bâtir un projet personnel, fondé sur vos qualités/goûts/lacunes actuels.
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