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Voici la réponse argumenté de trois candidats différents : Adrien, Bénédicte, Charles. Pour chacun d’eux, mettez-vous dans la peau du jury qui vient de poser la question : « comment vous voyez-vous dans dix ans ? » Adrien : « Dans dix ans ? Cela nous mène en 2014, ce qui veut dire que j’aurai tout juste trente ans. Si tout se passe bien, j’aurai donc six ans d’expérience professionnelle dans un domaine, donc je pourrai… en |
parler et dire ce que je fais concrètement de mes journées : pour l’instant, c’est encore flou. Disons que je me vois plutôt dans une petite équipe, avec un travail prenant qui me plaît, dans lequel il faut inventer, réagir, faire des propositions, se remettre en question. Dans l’idéal, il y a une part d’adrénaline, d’aventure et je n’ai pas l’impression, de faire la même chose tous les jours. C’est mon côté « touche à tout » : j’espère que d’ici là ce sera devenu une qualité, que je saurai en tirer parti pleinement en sachant canaliser mon énergie. » Bénédicte : « Dans dix ans ? C’est une question qui m’a beaucoup « trituré les méninges « lorsque j’ai préparé mes entretiens, et je me suis rendu compte que je n’étais pas douée pour la prospective. Peut-être que ce sera le cas, dans dix ans, quand je serai passé par l’Ecole et que j’aurai développé cette manière de penser. Le seul horizon qui est net dans mon esprit, c’est les trois ans qui viennent, à commencer par la rentrée de septembre : mon changement d’environnement, mon déménagement, la découverte de nouveaux cours et de nouvelles méthodes de travail. Je me dis que si j’apprends autant de choses au plan professionnel que ce que j’ai appris en deux ans de prépa, je saurai vite comment m’orienter et quelles décisions prendre. » Charles : « Si je ferme les yeux et que j’imagine une situation idéale, je me vois plutôt dans une grande ville, Paris ou Londres – j’adore Londres, j’y ai passé six semaines l’été dernier et cela me plairait d’y vivre. Je ne m’y vois pas seul : maintenant, il faudrait interroger ma boule de cristal pour savoir combien j’ai d’enfants… Sérieusement, fonder une famille fait partie de mes projets. Au plan professionnel, j’ai en tête la carrière d’un vieil ami de mes parents qui travaille dans le secteur bancaire en Angleterre. J’ai beaucoup discuté avec lui de son métier, de ses journées de travail, du temps qu’il consacre à sa famille. J’ai été séduit par ce qu’il m’a dit et je pense, aujourd’hui, que ce type de carrière pourrait correspondre à mon tempérament. » |
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Ces trois exemples sont construits autour d’une même logique : l’axe temporel est découpé en segments, les candidats se projettent selon des axes de progression qui leur sont propres ; aucun d’eux n’envisage l’échéance des dix ans comme un point définitif mais chacun d’eux est en mesure de délimiter une zone générale dans laquelle il accepte de penser son avenir. Les détails professionnels ne sont pas nécessairement approfondis, mais nos trois candidats se montrent prêts, à affiner le contenu, réfléchir à voix haute, donner des exemples, citer des entreprises, construire une représentation projective : la cohérence de l’argumentation et l’authenticité de la démarche seront entendues par le jury qui n’attend pas une « bonne réponse » ou un « projet type » fabriqué de toutes pièces et qui préfère, à l’inverse, l’exposé réfléchi des candidats prêts à envisager des trajectoires différentes avec le désir d’apprendre et d’évoluer. Pour figurer ce mouvement, le schéma ci-dessous souligne différents aspects de la projection obtenue.

L’axe du temps est conçu comme plusieurs étapes chronologiques : ce que je sais de moi jusqu’à aujourd’hui (mes expériences, mes qualités, mes attentes, mes lacunes), le temps de la formation dans l’école, les premiers pas dans la vie professionnelle. Pour chacune de ces étapes, la définition d’axes de progression et de projets concrets doit permettre de dessiner des trajectoires possibles et donc des scenarii plausibles, c’est-à-dire cohérents avec votre vécu, votre tempérament, votre ambition. Au fond, les trois personnages que nous avons cités partent d’un même point de départ : la définition d’axes de progression personnelle. Très souvent, en voulant se montrer sous leur meilleur jour, les candidats endossent le costume du « gendre idéal » (dynamique, toujours à l’écoute, sociable…) et minimisent leurs « défauts » ou leurs lacunes face aux jurys. Ils se présentent ainsi bien souvent sans aspérité, sans manifester un quelconque désir d’apprendre (sur eux) ou d’évoluer (par l’apprentissage, l’effort, la découverte, la confrontation avec les autres).
Ils ratent alors l’occasion de donner du sens à leur projet de formation à court terme, c’est-à-dire dès la rentrée : que vont-ils apprendre en cours ? En stage ? Quelles seront les expériences qui leur seraient/seront profitables ? Qu’ont-ils envie de faire évoluer dans leurs pratiques, leur caractère ? Une personne réservée ou timide va-t-elle acquérir de la confiance en elle, développer sa capacité à prendre la parole en public ? Celui-ci, débordant d’énergie et d’imagination, va-t-il trouver l’occasion, pendant sa formation, de structurer sa démarche et d’améliorer ses méthodes de travail ? Telle autre personne, qui a passé deux fois quinze jours dans des séjours linguistiques à l’étranger, en sait-elle suffisamment sur l’expatriation pour envisager de vivre à l’étranger ? Peut-elle trouver dans sa formation une occasion d’expérimenter pendant une plus longue période son ambition internationale.
Moyennant un travail d’investigation, chaque candidat doit être ainsi en mesure de définir les grandes lignes d’une trajectoire générale et personnelle et peut alors se demander à quoi pourrait ressembler, dans l’idéal, son curriculum vitae dans une dizaine d’années. Rédiger de « futurum vitae » permet de se poser quelques questions basiques, qui se conjuguent aisément au futur antérieur : quels sont les stages que j’aimerais avoir faits ? Où ? Pourquoi ? Dans quel secteur d’activité est-ce que je m’imagine ? Qu’est-ce qui serait prestigieux, souhaitable, réaliste à mes yeux ? Comment puis-je transformer ces idées générales eb exemples, objectifs ou projets plus précis ? L’ensemble de ces réponses doit permettre de situer quelques points dans la zone grisée de notre schéma, avec 2014 pour abscisse : compte tenu de toutes ces idées, quel scénario a ma préférence ? Qu’est-ce qui me plairait fondamentalement ?
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