Des cours pipo en école de commerce ?

Ceci est la deuxième partie de la série d'articles sur La déception post-prépa. Si vous n'avez pas lu le début, retournez à la case départ en cliquant sur le lien ci-dessus.

Les étudiants se rejoignent souvent auprès d’un constat : ils ont l’impression de ne rien apprendre en cours, que finalement tout ça, “c’est du vent”. Je veux bien admettre qu’il y a certes des cours moins bons que d’autres en école et ceci pour plusieurs raisons comme par exemple : la matière ne vous intéresse pas du tout (vous faîtes un blocage sur la finance ou vous avez mal choisi votre spé, ça arrive) ou l’intervenant n’est pas très bon orateur et ne connaît pas son sujet (un peu plus rare mais possible) ou alors vous n’arrivez pas à trouver l’intérêt du cours sur le moment (parce que vous manquez d’expérience et de recul). Mais je ne suis pas d'accord sur le fait de dire que tous les cours en école de commerce sont "pipo".

Je voudrais mettre en avant tout d’abord certaines pratiques, qui sont plus courantes que l’on pense en ESC. Ce qui est le plus frappant selon moi, ce sont les étudiants qui se plaignent de ne rien apprendre alors qu’ils jouent à des jeux flash ou traînent sur Facebook pendant tout le cours (surtout en 1A). Certains professeurs en sont venus à demander à leurs élèves de fermer leurs ordinateurs portables en cours, ce qui frustre les étudiants au plus haut point et leur donne encore moins envie de suivre le cours. Je constate aussi que - mal typiquement français - les étudiants sont très passifs pendant les cours et posent finalement très rarement des questions. Ce manque d’échanges est régulièrement mis en avant par les étudiants étrangers nord-américains, notamment canadiens.

Je ne dis pas que c’est forcément que de la faute des étudiants car, d’un autre côté, je constate aussi que beaucoup d’intervenants sont atteints de “powerpointitose “ aigüe - un fléau largement répandu aussi en entreprise - ce qui explique selon moi, en partie, les difficultés qu’ils ont à capter l’attention des étudiants. Notez que les meilleurs intervenants que j’ai eu à écouter en cours utilisaient rarement de présentations Powerpoint - ou bien 3-4 slides maximum. Ils avaient par ailleurs souvent le don du story-telling...

Ceci étant dit, je pense que si des étudiants pensent que les cours sont “pipo” en école, c’est surtout parce qu’ils ont été habitués tout d’abord à des cours très (trop?) théoriques en classe prépa. L’étudiant de prépa a eu l’habitude d'emmagasiner un maximum de connaissances en très peu de temps, de manier de nombreuses théories mathématiques et économiques, et de débattre seul avec sa copie pendant 4 heures. Mon propos n’est pas ici de critiquer la classe prépa - je suis passé par une prépa - qui apporte des méthodes de travail et une culture générale très importantes selon moi. Cependant, je pense que les anciens élèves de prépa se trompent en attendant des écoles de commerce des enseignements similaires, en tout cas au premier abord.

Car les cours d’écoles de commerce ont vocation, je me répète, à être d’abord “pratiques” plutôt que “théoriques”. C’est d’ailleurs pour cette raison que les écoles de management font la part belle aux travaux de groupe. Et que certains étudiants en profitent - au passage - pour devenir de véritables fantômes, laissant l’essentiel du travail aux plus consciencieux. En ce sens, je pense d’ailleurs que les écoles auraient à gagner à revenir quand même parfois à un peu plus de travail individuel (parenthèse fermée). Je suis d’ailleurs moi-même fermement convaincu de l’intérêt du “learning by doing” ou de la pédagogie par l’action, d’où au passage l’intérêt selon moi de l’engagement associatif (cf le dossier faire partie d’une association en école de management).

Si l’étudiant souhaite “se stimuler intellectuellement” - c'est tout à fait conseillé et recommandé - et en apprendre davantage sur un sujet en particulier, il en a tout le loisir de le faire de son côté, en dehors des cours, via des ouvrages spécialisés conseillés par le professeur, ou par exemple en participant aux nombreuses conférences organisées tout au long de l’année à l’école. Mais pour cela, il faudrait encore que les étudiants sortent de leur zone de confort, comme je l'explique brièvement dans la première partie sur l'école de commerce et le Club Med.

Un autre point que je voudrais évoquer, c’est le manque de recul lorsqu’on est en 1A, même en 2A d’ailleurs... Pour prendre un exemple concret, il faut savoir que je travaillais machinalement ma comptabilité en 1A. J’ai même réussi à avoir 16 à mon partiel sans comprendre vraiment ce que je faisais. Ce n’est qu’en dernière année d’école, en épluchant des bilans ou des comptes de résultat pour de vraies entreprises, que j’ai compris l’intérêt de la comptabilité et le sens de ce que je faisais en 1A... Rappelons également que les premières années d’école sont très généralistes et que l’objectif est de donner aux étudiants les bases dans les principaux domaines de gestion. Vous aurez aussi tout le loisir d'approfondir certains sujets en vous spécialisant par la suite dans votre cursus. Pour lire la suite :

Sébastien Lardez

AUTEUR : Sébastien Lardez

Fondateur d'Ecoles2commerce.com et diplômé de GEM. Je blogue sur le monde des grandes écoles de management et m'intéresse particulièrement au web, à l'innovation et au monde de l'entrepreneuriat.

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